Pur Sang arabe  Polonais 
Histoire
 HOMMAGE à IGNACY JAWOROWSKI 
   avec la collaboration et l'autorisation de 
       Kay Patterson Sharpnack et Richard Patterson
Traduction : Jean-Pascal Petit 
(photo.: Izabella Pawelec-Zawadzka )
     
    Par où commencer… Comment ordonner toutes ces pensées qui surgissent, rappelant Trois décennies de souvenirs communs…Deux de nos meilleurs amis et mentors nous ont quittés et cela marque vraiment la fin d'une époque : d'abord Andrez Krzysztalowicz qui était le directeur du Haras d'Etat de Janow Podlaski et maintenant, Monsieur le directeur Ignacy Jaworowski, qui, pour nous, représentera toujours Michalow. Deux hommes, deux vrais éleveurs et visionnaires, qui rebattirent à la seule force de leurs mains, les programmes d'élevages de chevaux arabes en Pologne, après les ravages de la seconde guerre mondiale.

    Pour Richard et moi, l'Aventure avec Monsieur Jaworowski et sa charmante et gracieuse épouse Maria commença en juin 1968, lors de notre premier voyage en Pologne. Ce Séjour sera suivit par au moins une visite annuelle en Pologne pendant plus de 20 ans, à la recherche de connaissances et de chevaux. ( Nous avons importé de Pologne plus de 100 chevaux) pour notre Ranch, Patterson Arabians, à Sisters dans l'Oregon.

    Le docteur Edward Skorkowski, fondateur du registre polonais des chevaux arabes et du programme de course nous attendait à l'aéroport de Varsovie et devint notre guide privé pendant plusieurs semaines, nous immergeant dans l'histoire et la culture de la Pologne. Il nous conduisit dans les deux fermes d'Etat qui élevaient des chevaux arabes : Janow Podlaski et Michalow, ainsi que dans de nombreuses stations de monte. Il nous présentait des hommes extraordinaires et leurs chevaux.

    Derrière le rideau de fer, les années passaient. Nous remontions le temps alors que nous roulions lentement vers le sud, vers Michalow, nous frayant un passage.à travers les charrues, les vélos et les vaches. Sur les chemins de terre, des paysans, travaillant à la main ou à l'aide de chevaux sur des terres verdoyantes et fertiles. 
    Alors apparaissaient de belles écuries en pierre, recouvertes de toits en tuiles. Un homme, grand, élégant, aristocratique,  portant l'uniforme et la coiffe de l'armée polonaise, une canne à la main, nous attendait dans son bureau  : le directeur : Jaworowski, qui devint bientôt "Ignac" pour nous. La canne était utilisée pour désigner les chevaux, les séparer dans les écuries où chaque cheval était attaché sous une plaque portant son nom, ou simplement pour mettre l'accent sur un point alors que nous parlions dans un mélange de Polonais, d'Allemand, de Français et d'Anglais!

    Notre arrivée en Pologne coïncida avec bonheur avec l'inspection et l'évaluation bisannuelle de toutes les juments et les poulains par un groupe d'experts en élevage du département d'élevage de chevaux du ministère de l'agriculture. Ignacy présenta tous les chevaux un par un. Richard prenait des notes pendant que je prenais des photos. Nous éclations de rire alors que nous écorchions les noms et les pedigrees que nous avions déjà mémorisés, mais… avec notre accent anglais!. Un bon exemple serait celui de Eunice ( qui appartenait en fait à Janow) : qui, en Polonais, se prononce "Eh-ooh-neet-sa"... !
    Le mot polonais pour étalon est Ogiery et je me souviens Ignacy redoublant de rire lorsque nous lui demandions si nous pouvions voir le prochain "Ogorek", ce qui, en Polonais, veut dire "cornichon" !. 
    Ignacy et Maria étaient si gentils avec nous, nous invitant chaleureusement à Michalow chaque fois que nous allions en Pologne.
    Nous avons passé des moments merveilleux dans leur petite maison remplie de trésors; toute proche de la grange de poulinage.
    Maria est une excellente cuisinière et autour de sa table, nous avons refait le monde, nous évertuant à trouver des recettes pour élever les meilleurs chevaux. 
    Ignacy réalisa très vite que nous étions des étudiants avec une incroyable soif de tout savoir sur les anciennes lignées polonaises, leurs pedigrees et comment les marier. Il partageait volontiers tout ce qu'il avait pu collectionner de photos, d'archives, de livres, de connaissances pratiques. Il parlait également ouvertement et honnêtement de ses succès et échecs avec certaines lignées ou avec des chevaux spécifiques. Ceci était souvent évoqué autour d'un plat de gâteau au chocolat et un verre de vodka ! 
    Il nous présenta à Roman Pankiewicz (l'éleveur de *BASK+) et fût notre interprète car Roman ne parlait pas l'anglais.
    Il nous présenta également à Zygmunt Braur, L'un des rares éleveurs privés dont la vie toute entière ainsi que la maigre fortune fût consacré à l'élevage de chevaux arabes.

    Ignacy avait une préférence pour les beaux chevaux gris de type Saklawi.
    L'une des choses magiques à Michalow était de se promener dans les écuries et de voir les juments grises avec leurs grands yeux noirs qui vous regardaient. Et lorsque qu'on les lâchait en liberté dans les pâtures, de les voir galoper joyeusement la queue en panache. 
    Le programme d'Ignacy et sa recherche phénotypique à Michalow était très différent de ceux de son bon ami et concurrent Andrzej Krzysztalowicz. Il n'était pas très porté vers les grands  chevaux de type Kkuhailan ( il en utilisait malgré tout quelques uns dans son programme) et il plissait le nez et faisait la grimace lorsqu'il parlait du Phénotype Muniqui ou lorsqu'il évoquait le sang français.
    Il avait des opinions très précises de ce qu'il aimait et tolérait dans son programme d'élevage. Une qualité nécessaire à chaque vrai éleveur pour pouvoir produire un type consistant de façon régulière. Michlow possède, et, espérons le, sera toujours connu pour ses belles juments blanches, le vrai héritage de la vision d'un maître de l'élevage. 
    Parmi les grands chevaux que nous avons eu la chance de voir à Michalow en 1968, il y avait :

    Parmi les juments :
    Daszawa (Nabor - Daribba), Druchna (Rozmaryn - Darda), Ela (Miecznic - Lala),
    Estebna (Nabor - Estokada) Peut être la plus belle jument Saklawi qu'il m'ait été donné de voir.
    Fatma (Anarchista - Forta), Forta (Kuhailan Abu Urkub - Porta), Warmia (Comet - Wadera)
    Zwota Iwa (Arax - Cesima)
     

    (photo.: arch. SK Michalow)
    Daszawa
    (photo.: arch. SK Michalow)
    zlota_iwa
    (photo.: Polish Ovation)
    Warmia
    (photo.: arch. SK Michalow)
    Estebna

    Parmi les étalons :
    Ariel (Sedziwoj - Arfa), Celebes (Witraz - Canaria), Chazar (Laur - Celina)
    Czardasz (Wielki Szlem - Baza), Espartero (Nabor - Ela), Gwarny (Amurath Sahib - Gwara)

    Je nomme ces chevaux pour illustrer la première grande leçon d'Ignacy, qui était de nous faire réaliser l'immense valeur de Amurath Sahib comme père de mère. Plus de 50% des chevaux nommés ci-dessus porte son sang. On ne soulignera jamais assez L'influence de Amurath Sahib sur l'élevage polonais. Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'histoire de l'élevage polonais , il est considéré comme le plus grand faiseur de mère de tous les temps aussi bien au point de vue de la génétique que du phénotype.
    La lignée (Bairactor) est originaire du haras de Babolna en Hongrie et est intensivement travaillée en consanguinité étroite avec un étalon  nommé Tajar, qui d'après les photos présente ce même phénotype.
    Malheureusement, Aquinor (Miecznik - Amneris) et les filles de Amurath Sahib, Amneris, Darda et Daribba, étaient déjà mortes, mais Ignacy conservait des photos.

    Alors que les années passaient, l'amitié pour notre mentor n'arrêta pas de grandir. Nous grandissions tout comme notre programme d'élevage, puisant dans la synthèse d'idées et de connaissance d'heures entières de sérieuses discussions.
    C'était les juments, toujours les juments et leurs capacités à produire des qualités de façon constante qui revenaient toujours et toujours.
    Ignacy était extrêmement fier, de ses juments.
    Tout le monde sait qu'il n'est pas difficile de choisir les meilleures juments ou les meilleurs reproducteurs.
    Mais Ignacy se séparait très difficilement d'une très bonne jument. Beaucoup plus difficilement qu'Andrzej. Nous devions lui demander année après année s'il était enfin disposé à vendre et à présenter la jument dans la vente annuelle de Pologne. Nous pouvions enfin nous inscrire aux enchères. Jolie technique marketing car il savait très bien que nous ne laisserions jamais passer la chance d'avoir une jument que nous voulions ajouter à notre programme.

    Richard et moi nous efforcions d'élever de "Beaux Arabes Polonais" ( cela fût d'ailleurs le slogan publicitaire de "Patterson Arabians" pendant des années.)
    Ignacy réalisa que ses élèves travaillaient bien et finit par nous traités en éleveurs, en égaux. Chaque année, nous lui amenions la liste de nos chevaux et lui demandions avec qui il les marierait. Et nous faisions la même chose avec la liste des chevaux de Michalow. Les sessions de "brain storming" était passionnantes et il était entendu que nous avions droit de désaccord dans nos choix! Les foals qui naissaient l'année suivante devraient valider nos décisions d'éleveurs.
    Tout au long des années, Patterson Arabians acheta nombre de très bons chevaux  élevés par Ignacy. Parmi eux, de fabuleuses filles de Comet et Negatiw
    L'un de nos achats qui surprit le plus Ignacy fût celui de Deficyt 1979 BS (Algomej-Dewisa, une très belle fille de Negatiw dont le pedigree remontait t à darda, mère de notre fils de Comet, Dar.)
    *Deficyt était présenté aux enchères et fût vendu aux enchères silencieuse à Janow, qui avaient lieu conjointement à l'annuelle "Polish prestige Auction". C'était étalon baie, très élégant que nous avions vu grandir. *Deficyt avait de bon résultat en course et le voir bouger était tout un poème. Son achat s'averrait d'autant plus difficile que Mike Nichols et David Murdock se trouvaient parmi les acheteurs…
    En Pologne, Les enchères silencieuses annuelles étaient vraiment …silencieuses! et leur monté n'était signalée nulle part. Ainsi, ni nous, ni Léonard et Jean Skeggs, de Locust Farm dans l'Ohio ( Partenaire pour ce cheval seulement, et qui n'avaient jamais vu Deficyt avant qu e nous l'ayons acheté) ne pouvaient deviner ce que les autres acheteurs pensaient. Nous pouvions donc tout à fait faire monter les enchères contre nous-mêmes !
    Le matin du dernier jour, nous décidions de monter l'enchère jusqu'au numéro de notre chambre d'hôtel, 603, cela faisait 603.000 Dollars. En y repensant, cela paraît extraordinaire ! Mais les choses étaient ainsi à l'époque !
    Nous avons fini par remporter l'enchère avec un David Murdoch incroyablement proche avec 600.000 dollars… suivi par Mike Nichols avec 500.000 dollars si je me souviens bien. Ignacy était stupéfait ! 
    On pourrait penser que l'éleveur d'un cheval qui avait rapporté une telle somme (un record polonais à ce jour) à un haras, allait recommencer immédiatement le même mariage. Mais pas Ignacy ! Il n'aimait pas spécialement Algomej (l'un de nos préférés…) à cause de Pietuszok dans son pedigree, et il pensait que *Deficyt n'était rien de plus qu'un autre étalon agréable. Exception faite qu'Ignacy continua de faire saillir Dewiza par des étalons Saklawi. On reconnaissait bien là Monsieur le Directeur Jaworowski …-Un homme de principes, Concentré sur son objectif ! Nous comprenions son raisonnement.

    Tout comme nous étions accueillis chez eux, Ignacy et Maria nous rendirent plusieurs fois visite au cours des années. Ignacy se délectait alors de voir de ses propres yeux les résultats magiques de son influence de mentor. Ignacy aimait tout particulièrement Negatraz et pensait qu'il était le meilleur fils bai de *Bask+ en pur polonais.
     

    (photo: arch.Patterson Arabians )
    Negatraz
    (photo.: arch. SK Michalow)
    Monnogramm yearling

    Nous avions toujours rêvé d'envoyer Negatraz en Pologne pour deux saisons de monte afin de rendre un tant soit peu l'immense bienfait qui nous avait été donné pendant des années à la fois par Ignacy et Andrej. Mais il était très difficile d'envoyer un cheval derrière le rideau de fer avec le mouvement Solidarnosc, et c'était un rêve impossible.
    Cependant, en 1983, nous avons acheté la "reine" de BOB Stratmore's, Make believe Farm, *Monogramma (Knipple-Monnopolia) ,à l'âge de 18 ans pour la somme de 250.000dollars afin de la faire saillir par Negatraz. Le premier né de quatre pleins frères et sœurs fût Monogramm, un poulain d'une beauté extraordinaire. Il fût vendu à l'âge d'un an à la famille Bishop, en Californie, qui recherchait un poulain d'envergure mondiale. 
    Ignacy vit Monogramm quelques années plus tard à Scottsdale où il s'était rendu avec Iza Zawadska et sut immédiatement qu'il lui fallait ce cheval à Michalow.
    Grâce à la générosité de Bill et Meredith Bishop, notre rêve fut prophétiquement et par procuration exhaussé : Monogramm alla faire la monte en Pologne. A Michalow, Ignacy lui fit saillir toute les juments possibles, et finit par le partager un petit peu avec Janow... Même après le retour de Monogramm aux USA, Ignacy avait déjà le projet de continuer à le faire saillir en se faisant envoyer de la semence. Le reste n'est que de l'histoire, Le fils et filles de Monogramm, élevés par Ignacy ont amené la fortune et la gloire au Haras de Michalow depuis l'indépendance de la Pologne, gagnant des championnats dans tous les pays où ils sont sortis en concours.
    Ignacy et Andrzej nous ont tous deux dit qu'un étalon d'une telle qualité ne voit le jour qu'une fois tous les cinquante ans…

    Ma plus grande fierté d'éleveur fut de retourner en Pologne et de regarder avec mes grands amis Ignacy et Maria Jaworowski, Andrzej  Krysztalowicz, Izabella Zawadska et Roman pankiewicz 5 filles de Monogramm, toutes nées à Michalow, se classer de la première à la cinquième, dans la classe des deux ans au show national de Pologne en 1997. Je n'y avais jamais vu un tel phénomène…
    Etre le naisseur d'un tel étalon est une bénédiction. Ce jour fût un bonheur que je n'oublierai jamais. J'aurais tellement aimé que Richard soit là également!.
    Ignacy, nous sommes si heureux que le savoir que tu nous as transmis si patiemment, t'ai été rendu un tant soit peu à travers Monogramm, et qu'il soit venu bénir Michalow et la Pologne à la fin de ton voyage. Nous savons que ton héritage se perpétue dans les mains habiles de tes étudiants, Jerzy et Urszula Bialobok

    Et …Maria, nous t'aimons, et savons quel rôle important a été le tien dans cette Aventure.

    Traduction : Jean-Pascal Petit
Mr Ignacy Jaworoski, nous a quitté en septembre 2004 à l'âge de 80 ans.
C'était un grand homme par la taille et par le talent.Son programme rigoureux d'élevage a laissé à Michalow l'un des groupes de juments les plus exquises au monde.
J'ai personnellement rencontré Mr Ignacy Jaworoski en 1999 lors du Championnat des éleveurs  privés sur le champ de course de Varsowie.Il parlait et écrivait parfaitement le Français.Il nous a longuement parlé de ses nouveaux choix d'étalons par l'apport de sang neuf dans le programme d'élevage Polonais.Souhaitons à Mr Bialobok, son successeur, de continuer à perpétuer la qualité et la rigueur de ce programme.
André Chezlebout


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Auteurs de l'article : Kay Patterson Sharpnack et Richard Patterson (Tous droits réservés)
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Traduction : Jean-Pascal Petit

Je tiens à remercier Kay et Jean-Pascal qui m'ont donné l'autorisation de publier cet hommage.


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